Mardi 28 mars 2006 2 28 /03 /Mars /2006 13:21

Christian BLANC a publié un point de vue dans l'édition du lundi 27 mars du journal Les Echos. Le voici reproduit ici.

Les jeunes Français sont victimes d'une rupture de la solidarité entre générations. Faute de croissance, ils s'intègrent difficilement dans la vie active. Faute de courage de la classe dirigeante pour réformer l'Etat, ils s'apprêtent à supporter le poids d'une dette immense constituée pour payer les dépenses courantes de leurs aînés et non pour investir dans le futur. Faute d'ambition pour la recherche et l'enseignement supérieur, ils risquent de se trouver progressivement coupés de l'excellence mondiale.

 

Pour conjurer ces trois menaces, il aurait fallu ouvrir trois grands chantiers au cours du quinquennat qui s'achève. Le premier est la réduction de la dépense publique. Il n'a jamais été esquissé. Le deuxième est la réforme de l'Etat et de la démocratie. Il a été abandonné lorsque les conservateurs de toutes obédiences ont réduit à la portion congrue l'ambition décentralisatrice exprimée en 2002. Le troisième, sans doute le plus important, est la définition d'une stratégie de croissance durable. Il vient d'être à son tour sacrifié sur l'autel de la communication et des mesurettes directement applicables. Le débat sur la recherche qui s'est achevé mardi 23 mars au Parlement consacre l'échec sur ce troisième chantier prioritaire.

 

La crise ouverte par les chercheurs avait donné au gouvernement l'occasion d'une prise de conscience partagée et donc d'une réforme en profondeur. Le moment était venu de réhabiliter les universités en les rendant enfin autonomes, comme le sont leurs homologues étrangères. Le moment était venu de mettre la recherche au coeur de la société en transférant ses laboratoires à des universités puissantes, visibles internationalement : véritables lieux de synergie entre la jeunesse, l'excellence scientifique et le monde économique. Le moment était venu de profiter de l'enthousiasme créé par les pôles de compétitivité pour dépasser les vieux clivages stérilisants entre monde académique et monde économique, ou entre recherche fondamentale et recherche appliquée.

 

Au lieu de cela, à quoi avons-nous assisté ? Inconscient des défis que la mondialisation impose à la France , le gouvernement a privilégié la méthode des petits pas, refusant de mettre en cohérence la recherche, l'Université et la création de croissance. Les quelques mesures positives que comporte la loi sont noyées dans une débauche de nouvelles structures à haut risque bureaucratique. Création de l'Agence nationale pour la recherche pour ne pas avoir à réformer le CNRS. Création des pôles de recherche et d'enseignement supérieur pour ne pas aborder la question des universités. L'absurde séparation, quasi unique au monde, entre recherche et Université a été maintes fois réaffirmée. A tel point que les députés qui souhaitaient ouvrir la possibilité d'expérimenter l'autonomie à certaines universités se sont vu rétorquer qu'ils étaient hors sujet, puisque la réforme traitait de la recherche et non de l'Université !

 

Les conséquences de ce manque d'ambition sont lourdes. Coincées dans un statut inadapté, nos universités risquent d'être toujours à la traîne dans les classements internationaux. La France restera l'un des pays de l'OCDE qui investit le moins sur ses étudiants, car chacun a conscience qu'augmenter les moyens de l'enseignement supérieur sans réformer son organisation revient à arroser en terrain stérile. La tentation d'aller réussir hors de France sera toujours plus grande chez les plus brillants de nos jeunes chercheurs. La matière grise ne se stocke pas et la France risque de ne pas savoir retenir les potentiels dont elle dispose. Au total, notre économie se privera d'une grande partie de ses capacités d'innovation, seules capables de remettre le pays sur les rails d'une croissance durable.

 

Pendant que le gouvernement fait prendre du retard à la France sur les sujets essentiels, la funeste méthode des petits pas fait également des dégâts sur des sujets secondaires et rapproche un peu plus notre pays du chaos. Ainsi le CPE - nouveau type de contrat de travail ni plus génial ni plus absurde que ceux, nombreux, qui existent déjà - est en train de servir de catalyseur à un début de révolte de la jeunesse. Espérons qu'une étincelle ne mettra pas le feu aux poudres et que les jeunes - et avec eux tous les Français - sauront exiger que les questions fondamentales soient enfin mises au cœur des débats en 2007.

Par Jean-Yves - Publié dans : Economie et solidarité
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